04 - 06 - 2015

Les marchés fébriles à cause d’une flambée des taux. Source : boursorama.fr

Les marchés s’enfonçaient dans le rouge jeudi 4 juin dans le contexte d’une nouvelle forte hausse des taux d’intérêts en zone euro.

Le CAC40 perdait plus de 2% jeudi 4 juin à partir de 10h, repassant sous les 5000 points et effaçant largement les gains de la séance précédente. Hier, les investisseurs avaient apprécié le discours de Mario Draghi au sujet d’un maintien à l’identique du plan de relance monétaire actuellement mené (« quantitative easing »).

Remontée rapide des taux

L’inquiétude de jeudi était notamment motivée par un fort rebond des taux sur les marchés obligataires européens. Les taux avaient commencé à flamber au cours de la séance de mercredi, juste après le discours de Mario Draghi.

À 10h40 jeudi 4 juin, le taux de l’OAT française à 10 ans repassait à 1,29% d’après les terminaux de Bloomberg, représentant un rebond notable par rapport à la séance précédente où le taux avait déjà atteint 1,15% en fin de journée. À la mi-avril, le taux d’emprunt français à 10 ans était encore à seulement 0,35% selon la même source.

Côté allemand, le taux d’emprunt souverain à 10 ans, qui se rapprochait des 0% le 17 avril dernier, revenait jeudi 4 juin à 0,99% (10h45 selon Bloomberg), un nouveau rebond dont personne n’avait anticipé la rapidité après le précédent rebond déjà survenu fin avril-début mai.

Sur les échéances plus courtes (emprunts inférieurs à 10 ans), les taux jusqu’ici souvent négatifs sont repassés en positif pour la plupart.

La valeur des obligations chutait en conséquence : pour rappel, lorsque les taux montent, la valeur d’échange des obligations déjà émises baisse.

Incertitudes sur les conséquences de la remontée des taux

Les investisseurs s’inquiétaient jeudi des conséquences potentielles que cette remontée des taux pourrait engendrer dans l’économie européenne et sur les autres marchés.

Avec des taux souverains plus élevés, c’est le « taux sans risque » des grands Etats européens qui s’envole. Or, la plupart des taux de crédits accordés aux entreprises et aux particuliers sont indirectement liés au taux sans risques, notamment les taux du crédit immobilier (lire article d’hier à ce sujet). Avec des taux plus élevés dans un contexte de croissance toujours très molle, les agents économiques pourraient donc être plus réticents à s’endetter encore davantage pour financer des projets, ce qui pourrait ralentir le mouvement de reprise en Europe.

Par ailleurs, avec des taux obligataires plus élevés en Europe, les investisseurs pourraient revenir vers ces actifs en quittant les marchés Actions vers lesquels ils s’étaient éventuellement tournés à défaut de rendements convenables sur les actifs à taux fixe.

Mardi dernier, nous relayions une note de la BCE qui évoquait que l’un des risques pour la stabilité de l’économie européenne était la remontée rapide des taux d’intérêts obligataires et surtout des primes de risques appliquées aux emprunteurs de moins bonne qualité (lire l’article détaillé).

Malgré cela, la remontée des taux a de bons côtés, plutôt de nature à rassurer les investisseurs. Si les taux d’intérêt augmentent, c’est surtout à cause de la remontée des anticipations d’inflation dans la zone euro. L’inflation est vue comme une bonne chose lorsqu’elle est maîtrisée à un niveau ni trop haut, ni trop bas. Or, elle était devenue particulièrement basse en zone euro en fin d’année dernière, faisant craindre un risque de déflation.

Surtout, la hausse des taux permet à certains établissements financiers, comme les banques et les assureurs, d’espérer retrouver un meilleur rendement de long terme sur les fonds investis en obligations souveraines et en obligations d’entreprises européennes, tel que cela leur est indirectement imposé par la réglementation européenne.

Cherchant à trouver un équilibre entre les effets négatifs et positifs de la remontée des taux, les investisseurs exprimaient plutôt leur méfiance sur les marchés.