11 - 06 - 2015

La France retrouve une inflation modeste. Source : lesechos.fr

Les prix à la consommation en France ont augmenté de 0,3 % sur un an au mois de mai, a indiqué jeudi l’Insee. L’Hexagone s’éloigne peu à peu de la déflation, mais ne renoue pas pour autant avec une forte inflation.

L’inflation connaît un léger mieux en France, après avoir été négative entre janvier et mars de cette année. D’après les chiffres de l’Insee annoncés ce jeudi pour le mois de mai 2015, l’augmentation de l’indice des prix à la consommation est de 0,2 % en évolution mensuelle et de 0,3 % en évolution annuelle. L’inflation calculée sans tenir compte des produits les plus volatils, notamment les produits pétroliers, croît de 0,2 % sur le mois et de 0,6 % sur un an. Le risque d’une spirale déflationniste est-il définitivement écarté ? Ce risque a récemment attisé les pires craintes, car il pourrait entraîner l’économie vers la récession.

Un « effet ponctuel » de la hausse du pétrole

Hélène Baudchon, économiste à la BNP Paribas, porte un « diagnostic mitigé » sur cette légère reprise de l’inflation : si « les évolutions récentes vont dans le sens positif », l’inflation étant remontée au-dessus de zéro, il faut rester prudent, prévient-elle. L’économiste attribue principalement cette hausse à l’« effet ponctuel » de l’augmentation du prix du pétrole. Une analyse confirmée par Benoît Heitz, économiste à la Société Générale, pour qui « l’histoire est faite par les prix du pétrole » : l’inflation suit l’évolution des prix de l’énergie, comme elle l’a déjà fait début 2015 lorsqu’elle est passée en zone négative. Le cours du pétrole a connu une chute brutale et continue à partir de septembre 2014. Mais depuis début 2015, le prix du baril de brent est remonté timidement pour se stabiliser autour de 65 dollars.

Un léger effet de la politique monétaire de la BCE, mais difficile à mesurer

Dans le but d’enrayer l’environnement de déflation qui menaçait la zone euro, la Banque centrale européenne (BCE) a revu en janvier sa politique monétaire en injectant massivement des liquidités dans l’économie via des rachats de dettes des Etats. Pour Hélène Baudchon, cette politique monétaire a pu jouer sur le retour de l’inflation par le biais de l’inflation dite importée causée par la baisse du cours de l’euro.

En effet, les prix, qui baissaient depuis plusieurs mois dans la zone euro, ont augmenté au mois de mai. Mais il reste difficile de déterminer l’effet exact de la politique monétaire de la BCE sur la hausse des prix, autant en France qu’en zone euro. Benoît Heitz explique que « la baisse de l’euro met plus de temps à se diffuser, là où l’effet de la hausse du cours du pétrole est plus direct ». Pour Jean-François Ouvrard, directeur des études au Coe-Rexecode, si la politique monétaire de la BCE a bien fait augmenter les prix, il est peu probable dans les prochains trimestres d’observer « des pressions inflationnistes supplémentaires par ce canal ». Il estime que l’inflation ne pourra pas, au vu de la conjoncture économique actuelle, excéder 1,5 % lors des prochains trimestres. Elle n’atteindra donc pas de si tôt l’objectif de 2 % que s’est fixé la BCE pour la zone euro. Pour Benoît Heitz, ce chiffre pourrait être atteint au cours de l’année 2016.

Une conjoncture économique toujours défavorable

Si le risque de déflation paraît s’être éloigné, le niveau général des prix restera très faible tant que l’activité économique ne sera pas relancée, seul canal apte à rapprocher l’inflation de la barre des 2 % visée par la BCE, selon Jean-François Ouvrard. Hélène Baudchon observe que la dynamique de la croissance a suivi la même tendance qu’on constate aujourd’hui au niveau de l’inflation : elle remonte la pente, mais à un rythme très lent, car « les ressources sont encore insuffisamment utilisées », autant au niveau du marché du travail que de la capacité technologique de l’économie.